
La fièvre hémorragique ou maladie hémorragique épizootique (MEH ; en anglais EHD pour « Epizootic haemorrhagic disease » ) est une maladie virale infectieuse vectorielle et souvent mortelle du cerf de Virginie qui touche occasionnellement le même spectre que le virus de la fièvre catarrhale ovine (FCO): ruminants. Cette maladie très similaire à la FCO. Non-transmissible pour l'homme. Elle est classée en France comme danger sanitaire de 1re catégorie soumis à l'élaboration d'un plan national d'intervention sanitaire d'urgence.
L'AGENT PATHOGÈNE:
Le virus responsable de la maladie hémorragique épizootique des cervidés est un agent pathogène appartenant à la famille des Reoviridæ, genre Orbivirus et comprend huit ou neuf sérotypes selon les auteurs.
ÉPIZOOTOLOGIE:
- Le mode de transmission est indirecte :
MHE est transmise à un animal hôte par les insectes appartenant au genre Culicoïdes incluant de petits insectes tels que les brûlots qui sont plus petits que les moustiques et autres mouches. Les Culicoïdes sont, principalement, décrits comme des crépusculaires avec une activité nocturne.

- Sensibilité des différentes espèces :
La maladie affecte surtout les cervidés qui sont très sensibles, et tout particulièrement en Amérique du Nord, le Cerf à queue blanche ou Cerf de Virginie. Certaines souches de la MHE peuvent infecter les bovins (particulièrement sensibles à certains sérotypes). L’infection des ovins est asymptomatique.
- Saisonnalité :
Le virus peut toucher le cerf chaque année plus ou moins gravement selon les conditions environnementales. Les flambées épizootiques avec parfois mortalité importante, jusqu'à 90 % sont favorisées par la prolifération des insectes et l'existence d'animaux sensibles. Les éclosions de MHE sont plus fréquentes à la fin de l'été et au début de l'automne, lorsque les moucherons sont abondants. Un temps chaud et sec avec peu de pluie, souvent caractérisé par des conditions estivales prolongées jusqu'à l'automne, peut augmenter la fréquence et la durée d'une éclosion de MHE.
• Sources de virus :
Sang d'animaux malades, dont les insectes se nourrissent et transmettent le virus aux cerfs sains.
La maladie ne se transmet pas directement d'un cerf à l'autre et les humains ne peuvent pas être infectés par contact avec des cerfs ou par des piqûres de moucherons.
Les cerfs morts ne constituent pas une source d'infection pour d'autres animaux, car le virus ne vit pas longtemps chez les animaux morts.
• Lieux de propagation du virus :
La maladie a été décrite pour la première fois à la fin du 20e siècle en Amérique du Nord et s'est depuis étendue aux autres continents. Une propagation progressive de la maladie a été enregistrée en Afrique, en Asie, en Australie (fin du XXe - début du XXIe siècle), qui a provoqué des épizooties au Japon, en Amérique du Sud, aux Caraïbes et à la Réunion. La preuve que le virus circule en Amérique du Sud a été l'identification de sérotype l'EHDV-6 en Guyane française en 2012. Aussi, EHDV-6 a infecté le cerf de New York en 2020 et 2021. Les souches de la MHE sont présentes au Maroc, Tunisie, Algérie, Israël et Turquie depuis 2006‐2007.
SITUATION ACTUELLE:
Les premiers foyers de maladie hémorragique épizootique du cerf (MHE) ont été détectés en Europe dans des élevages, comme le rapporte le Service de Santé International (VSI) ESA Platforms:
• 4 foyers bovins en Sardaigne (fin octobre et novembre 2022) et 1 foyer en Sicile (fin octobre 2022) ;
• Deux premiers foyers ont été détectés en Andalousie les 15 et 16/11/2022 dans les régions de Cadix et Séville.
TABLEAU CLINIQUE ET ÉVOLUTION DE LA MALADIE:
La période d'incubation :
Pour le cerf de Virginie (cerf à queue blanche) la durée est en moyenne de 4 à 10 jours.
Il existe 3 formes d'évolution de la maladie pour des cervidés :
- La forme suraiguë se caractérise par les symptômes suivants:
• fièvre (41 °C) ;
• atteinte importante de l'état général (perte d'appétit, faiblesse, disparition de la peur de l'humain) ;
• parfois œdème de la tête et du cou ;
• symptômes d'inflammation des muqueuses buccales (stomatite avec hypersalivation, œdème des lèvres et de la langue, hémorragies pétéchiales (couleur bleutée), nasale (jetage) et oculaire (conjonctivite, larmoiement, gonflement des paupières) ;
• l’émission de matières fécales sanguinolentes.
Évolution mortelle en 8 à 36 heures (œdème aigu du poumon) et au bout de quelques jours des symptômes podaux ou musculaires. Leur cadavre est souvent retrouvé près des points d’eau.
- La forme aiguë :
Idem mais évolution plus lente et symptômes locaux plus nets :
• stomatite : lésions hémorragiques suivies d'ulcérations ;
• glossite nécrotique ;
• complications respiratoires (pneumonie) ou digestives (diarrhée) ;
• boiteries consécutives à une atteinte podale (coronite, pododermatite) et musculaire (myosite) ;
• amaigrissement important ;
• avortements.
Mort en 8 à 10 jours ou guérison.
- La forme chronique est caractérisée par :
- des interruptions de croissance des sabots et une éventuelle desquamation des parois des sabots ;
D'autres lésions chroniques comprennent :
- les ulcérations buccales;
- la perte de papilles et la cicatrisation de la muqueuse du rumen ;
- l'épuisement pendant l'hiver ; rarement, les malformations des bois.
Les cerfs sont malades pendant plusieurs semaines et se rétablissent progressivement. La mortalité à ce stade est faible.
Les cerfs qui survivent un mois après l'infection peuvent avoir des anneaux de fièvre ou des sabots fissurés ou qui se desquament.

- Chez les ruminants domestiques:
• forme asymptomatique habituelle chez les bovins et les ovins ;
Parfois, les bovins présentent ces symptômes :
• augmentation de la salivation du fait de l'hyperthermie ;
• anorexie ;
• amaigrissement ;
• hémorragie sur les muqueuses buccales précédant le développement de lésions nécrotiques (langue, bourrelet gingival) ;
• œdèmes déclives ;
• et parfois diarrhée.
• Symptômes indifférenciables de ceux dus à la FCO.

CHANGEMENTS ANATOMOPATHOLOGIQUES:

OUTILS DES DIAGNOSTICS:
Le diagnostic est difficile à effectuer sur la seule base des signes cliniques. Une confirmation du diagnostic par un laboratoire est nécessaire. L'identification du virus est essentielle pour distinguer la MHE des autres maladies.
Les méthodes de diagnostic sont identiques à celles du virus de la FCO :
- Sérologie:
• l'immunodiffusion en gélose ;
• la séroneutralisation et le test ELISA.
- Virologie:
• Maintenant le plus souvent effectuée par RT-PCR spécifique du groupe EHDV pour la détection d’ARN viral.
Actuellement, il n’existe pas de kit sérologique commercialisé pour la détection des anticorps spécifiques de l’EHDV ni de RT-PCR spécifique de sérotype, cependant le laboratoire national de référence pour MHE (Afssa - Laboratoire d’études et de recherches en pathologie animale et zoonoses, Maisons-Alfort) est en mesure de mettre en œuvre ces analyses.
DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL:
Le diagnostic différentiel de la MHE doit se faire avec d’autres maladies virales dont les tableaux cliniques sont plus ou moins similaires telles que :
• la stomatite vésiculeuse ;
• la fièvre aphteuse ;
• l’ecthyma contagieux ;
• la fièvre catarrhale ovine (Bluetongue).
MÉTHODES DE TRAITEMENT:
Les propriétaires de bétail qui soupçonnent des infections à MHE doivent demander une assistance vétérinaire pour obtenir des diagnostics de la maladie et des soins de soutien symptomatique pour les animaux.
PROPHYLAXIE:
Quarantaine et contrôles sérologiques en cas de déplacements à partir de territoires reconnus infectés.
En zone infectée, respecter :
• Les mesures sanitaires à mettre en place lors d’une épizootie de la MHE :
• l'importance de la lutte contre les insectes vecteurs par désinsectisation pour en diminuer le nombre ;
• le confinement des troupeaux pendant les périodes d’activité vectorielle ;
• d’autres mesures extrêmes sont l’abattage des animaux malades ou infectés et la destruction de leurs cadavres ; ces mesures limitent l’expansion de la maladie, mais ne permettent pas son éradication ; seule la vaccination pourrait permettre une prophylaxie efficace. La vaccination est indispensable en zone d’enzootie (zone menacée ou zone infectée). Elle consiste en une immunisation active permettant d'enrayer l'avancée de la maladie.
La consommation d’une viande de cerf infecté par la MHE qui ne présente aucun signe de maladie, d’ulcères ou d’abcès ou aucune autre anomalie est considérée comme étant sécuritaire. Les cerfs atteints d'une maladie généralisée sont impropres à la consommation.
IMMUNITÉ:
Des anticorps neutralisants maternels sont détectés chez les jeunes faons jusqu'à l'âge de 17-18 semaines. L’immunité passive ne permet pas de le prémunir d'une nouvelle infection ; mais a le pouvoir de la limiter, donc de protéger contre la forme clinique suraiguë et aiguë de la maladie, comme la vaccination.
PRONOSTIC:
En l’absence de traitement de soutien ou chez des bêtes en mauvais état général, l’évolution peut être défavorable (mort de l’animal, non-valeur économique).
POUR PLUS D'INFORMATION:
Plateforme ESA - Bulletins hebdomadaires de veille sanitaire internationale du 13/12/2022
https://www.plateforme-esa.fr/fr/bulletins-hebdomadaires-de-veille-sanitaire- internationale-du-13-12-2022